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flash@GORActu 9/05/07

imageJeudi 1er février 2007, en partenariat avec la Bibliothèque municipale de Vannes, la BU de Tohannic co-organisait une rencontre avec Alain BOUQUET.

Au fil des prochains @GORActu, ce physicien et directeur de recherche au CNRS, va nous livrer sa vision de la Recherche française sous forme d'un "feuilleton de la Science".


Alain BOUQUET, d'où vient votre passion pour la vulgarisation ? Quelles représentations et quelles missions mettez-vous derrière cette activité ?

En fait, il y a plusieurs missions un peu emboîtées les unes dans les autres :

La plus simple, c'est effectivement de dire autour de soi ce qu'on fait, puisque a priori ça nous intéresse, donc on se dit qu'il n'y a pas de raison que ça n'intéresse pas les voisins : on commence par la famille, qui subit les premiers assauts, et après on essaie d'être un peu plus général. Il y a donc cette première idée qui est de transmettre ce que l'on fait à d'autres, parce qu'on le trouve intéressant, en espérant qu'ils vont aussi le trouver intéressant. Evidemment, il y a toujours une arrière pensée que s'ils le trouvent intéressant, ils vont nous soutenir et on continuera à pouvoir faire cette chose qui nous plait.

Puis il y a une deuxième raison, qui est plus la place, non pas tellement du savant dans la société qui a son intérêt, mais qui est quand même assez réduite, mais plutôt la place de la science dans la société. Et je serai même plus précis que ça : pour moi ce qui m'a motivé c'est que je me suis rendu compte que je raisonnais de façon assez différente de pas mal d'autres personnes. Je voudrais arriver à faire comprendre aux personnes qui n'ont pas eu de formation scientifique, ce que c'est que la vision du monde qu'ont les scientifiques. Je veux dire par là, l'idée qu'on a presque au sens philosophique du terme, notre vision du monde : une idée de ce qui est cause et conséquence, de ce qui est important et secondaire... qui est modelé par les études que l'on a fait, par notre formation scientifique du lycée à l'université ou à la grande école selon les formations qu'on a reçu. Je ne m'en suis pas rendu compte au début parce que nous vivons dans un monde relativement étroit et que les autres personnes avec qui nous interagissons sont de formations assez voisines. Mais une fois dans le bain du grand public, on se rend compte qu'on a une manière de raisonner qui est assez différente de la plupart des gens. Alors, à tort ou à raison on estime qu'on a une manière de raisonner qui est « meilleure » parce qu'elle a des conséquences pratiques que l'on peut tester, et surtout la démarche scientifique, au sens habituel du terme, est une démarche dans laquelle on avance des hypothèses, on s'appuie sur des observations, des raisonnements théoriques mathématico-logiques et puis à, un moment donné on doit quand même se confronter à la réalité. Et si la réalité ne correspond pas à ce qu'on pensait qu'elle devrait être, on est en général assez humble pour admettre qu'on s'est trompé qu'il faut revoir la copie. Cependant, il y a toujours des contre-exemples, des dérives scientifiques, scientistes une peu délirantes, mais en général on corrige : si on pense que la théorie de la gravitation est correcte, on fait un test mais si le test ne valide pas la théorie, on va modifier la théorie quand même dans un deuxième temps, dans un premier temps on va vérifier si le test n'est pas faux  par souci d'économie avant de refaire une théorie complète ! J'ai maintenant assez d'expérience dans le domaine de la recherche pour savoir qu'il y a des expériences fausses ou  mal interprétées ou des artefacts accidentels.

Ce que je veux surtout dire c'est que quelqu'un qui a une formation scientifique finit normalement, au moins dans son domaine de compétence, à raisonner par essai-erreur et admettre qu'il peut se tromper et corriger son idée de départ dans ce sens là. Ceci me semble beaucoup moins répandu dans la vie courante (sans aucun mépris la dedans) où l'on est rarement obligé de réviser ses hypothèses de départ face à des phénomènes qui semblent les contredire. La réaction c'est plutôt, par exemple pour un homme politique qui a une théorie et prétendant que "c'est comme ça qu'on va réduire le chômage" ; et au bout de 5 ans il a augmenté, il va nous expliquer la plupart du temps que ce n'est pas parce qu'il s'est trompé, mais parce qu'on n'est pas allé assez loin dans la bonne voie, et qu'en allant encore plus loin au bout d'un moment ça ira mieux. Et ce genre de démarche est assez diamétralement opposé à une démarche scientifique.

Donc pour revenir à votre question initiale, mon point de départ c'était d'essayer de transmettre la vision du monde qu'ont la plupart des scientifiques, c'est-à-dire d'être relativement humble (même si parfois on se croit investi d'un grand devoir, d'un grand savoir) de dire : « j'ai une théorie, j'ai un modèle qui marche bien, bien jusqu'à un certain point... et puis à un moment ça ne marche plus donc je vais essayer de le corriger, voire le jeter». On aime bien les modèles qu'on a construit donc on le jette difficilement, mais parfois ça finit par arriver, et ça c'est une manière de procéder qui, dans le domaines des sciences dures en tout cas a plutôt bien marché, et l'évolution de mon domaine de la physique en 3 siècles est assez extraordinaire. Ça a plutôt bien marché dans d'autres domaines également, et je me dis que c'est une méthode qui a fait ses preuves, qui a connu quelques débordements malheureusement! Mais dans l'ensemble si cette approche du monde dans lequel on vit était pratiquée de façon un peu plus large, je me dis que peut-être les choses iraient mieux ? Après tout c'est peut-être très ambitieux, peut-être qu'on se fait de grandes illusions et que la démarche scientifique ne s'applique qu'à un domaine très étroit de la réalité et pas à la vie sociale et à la vie quotidienne des gens, et parfois quand on essaie d'avoir une approche excessivement scientiste ça aboutit aussi à des catastrophes : puisqu'on peut construire une bombe, empoisonner la planète... Il faut donc être modeste, prudent, et malheureusement dans la vie courante, les gens qui sont modestes, prudents et timides ne sont généralement pas les plus écoutés !

Donc c'est pour ça que j'essaie plutôt de, via la chance que j'ai de pouvoir parler d'étoiles... qui a priori font un peu rêver, et a priori ne sont pas dangereuses, au contraire des images du savant dans la littérature, le cinéma ou la BD, où 99 fois sur 100 soit il est un peu dans la lune comme le Professeur Tournesol, ou alors complètement inconscient et va détruire le monde pour démontrer sa théorie : ce sont généralement les images qui sont véhiculées et je trouve ça un peu dommage. Pour moi c'est une manière de réhabiliter l'image de la recherche scientifique en général, et surtout le dernier motif pour faire ce genre de choses, c'est que je pense qu'un pays comme la France ou l'Europe ne pourra survivre ou vraiment se développer de façon harmonieuse, que s'il y a un niveau culturel et scientifique très important. Alors malheureusement pour des tas de raisons qui sont pour partie dûes à la politique scientifique du gouvernement, les domaines de la Recherche et la technologie ne sont pas les plus favorisés pour les jeunes, ou inversement des domaines où il y a un peu une désaffection. Il y a 20-30 ans, les étudiants brillants se dirigeaient assez volontiers vers les domaines scientifiques, aujourd'hui on a des difficultés pour remplir les amphis de la plupart des universités. Je ne connais pas forcément la situation à l'UBS, mais les universités parisiennes ont un peu de mal à se remplir parfois parce qu'on est beaucoup mieux payés quand on est juriste ou informaticien, et donc les enseignements pour ces domaines là sont plus prisés. Cependant, il y a d'autres satisfactions très importantes que l'on peut tirer de la Recherche.


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mise à jour le 27 octobre 2008


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