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flash@GORActu 9/06/07

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Suite à la venue d'Alain Bouquet à la BU Tohannic en février dernier, @GORActu vous livre ce mois-ci la suite de l'interview de ce physicien et directeur de recherche au CNRS.

 

 

Quelle vision du système français avez-vous en matière de recherche?

Le système français a de gros avantages en ce sens que l'on peut se lancer dans des recherches à long terme ou des recherches qui ne déboucheront pas avant des années et des années. Dans le système anglo-saxon, c'est plutôt difficile mais ça peut arriver aussi : parfois certaines grandes universités financent ce genre de projet, mais souvent dans des optiques un peu plus court terme comme celles qui sont en train de se mettre en place en France. Le système de l'ANR (ndlr: Agence Nationale de la Recherche) donne effectivement ce genre de bourses plus ou moins importantes avec des projets bien identifiés pour une période de 3 ans. C'est très bien pour une période de 3 ans sur des thèmes étiquetés comme les nouvelles technologies... qui recevront beaucoup d'argent ; mais si l'astrophysique n'intéresse pas elle n'aura que très peu d'argent !

C'est tout le problème de l'ANR, ce sont des objectifs ciblés, mais cibler la recherche pour moi c'est une contradiction dans les termes. On peut cibler des recherches à très court terme, c'est vrai, mais personne ne peut savoir ce que, parmi ce que font les chercheurs fondamentaux aujourd'hui, sera utile dans 10, 15 ou 20 ans ! Des recherches qui ont été faites sans aucune finalité, il y a plein d'exemples dans l'histoire des sciences, comme les gens qui se sont intéressés à la radioactivité il y a un siècle n'imaginaient pas ce que serait l'industrie nucléaire et l'armement (encore que si ils l'imaginaient un peu : le discours de réception du Prix Nobel de Pierre Curie donne bien une indication dans ce sens là, mais il était visionnaire et c'était plus des espoirs que des projets de recherche concrets, et puis il s'est écoulé 50 ans avant que ça ne débouche). C'est ça le problème des structures très souples, très réactives et c'est un peu contradictoire avec la recherche fondamentale à long terme qui n'a pas de débouché immédiat, ce n'est pas visible et c'est toujours une tentation quand on veut faire des économies de réduire là-dessus. Surtout que les effets ne se feront pas sentir avant 40-50 ans, alors quel homme politique, quel décideur sera là d'ici 40-50 ans pour dire « Tient là c'était un mauvais choix, je n'aurai pas du couper les crédits de recherche de Mr Curie, ce n'était pas une bonne idée ! »

La question ne se pose pas dans ces termes là ! Donc je n'ai pas de solution, j'ai à la fois dit qu'il fallait des structures souples et d'autres plus rigides, afin d'être également capable de faire des recherches sans débouché apparent et pendant une durée très longue, avec le risque que dans 90% des cas les recherches n'aboutissent à rien ! Par exemple, « A quoi ça sert de faire des études sur les langages du haut Pakistan ? », et le jour où il y a des attentas terroristes, on se dit qu'en fait c'était pas mal, et c'est ce qui est revenu à la surface après les attentas du 11 septembre. Mais il y a des recherches en SHS (Sciences Humaines et Sociales) qui paraissent comme ça complètement déconnectées de la réalité, on peut se demander ce que des recherches en paléontologie peuvent bien changer à notre vie quotidienne, mais ça change notre vision du monde, donc je boucle sur ce que je disais au début : je crois que c'est très important de savoir dans quel monde on vit.  Savoir que la Terre a 4 milliards et demi d'années ne va pas rendre notre baguette plus ou moins chère, mais par contre ça donne une idée de l'espace de temps, de l'espace physique dans lequel on vit, de savoir que l'apesanteur c'est comme ça, que le champ électromagnétique c'est ça..., je trouve que ça enrichit la connaissance du monde dans lequel on est.

 

Cela nous permet de mieux faire le lien entre le passé, le présent et l'avenir et d'être plus en mesure de prendre des décisions...

Après, ça a des répercussions pratiques de savoir quelle décision a été judicieuse ou pas. Nous en avons plusieurs exemples : il y a 2 siècles on a coupé des forêts avec les catastrophes écologiques qui s'en sont suivies et ce sont des leçons de l'histoire ; mais même aujourd'hui, on s'inquiète beaucoup du réchauffement de la planète...

Si on n'a pas de notion de base en matière scientifique, un minimum de culture scientifique pour savoir de quoi les gens parlent (pas les connaissances pures) quand on a des querelles d'experts (qui ont l'air aussi plausibles les uns que les autres) on ne peut pas trancher, mais au moins, on peut ne pas prendre pour argent comptant des affirmations absolument délirantes.

Mais plus que les connaissances pures, je crois que ce qui est le plus important c'est de savoir qu'une connaissance n'est pas figée et qu'il n'y a pas ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, car ceux qui ne savent pas peuvent dans d'autres domaines être très compétents, et c'est vrai pour tout le monde : un expert autoproclamé dans un domaine ne va pas l'être dans un autre... mais sans être expert, avoir une petite idée des enjeux, de la fragilité possible de l'expertise que l'on a en face de soi. Je sais que je suis censé être un expert en astrophysique, et je sais que certaines de mes connaissances peuvent être fragiles et certaines de mes certitudes encore plus, moi j'en suis conscient ! Ca ne parait pas forcément à l'extérieur, si je viens en disant « moi je sais, je suis le savant et vous être le profane », c'est un peu caricatural mais c'est la façon dont ça se passe souvent !  (Il y a toujours un peu une messe du grand prêtre). C'est pour ça que, plus que de transmettre des connaissances, c'est de comprendre que ces connaissances ne sont pas arrivées un jour comme ça, mais qu'il y a eu des générations de travaux et chercheurs  qui y ont contribué, qu'il y a eu des impasses, des retours en arrière, que ce n'est jamais vraiment toujours acquis ; mais qu'il y a tout de même un mouvement d'ensemble, une progression.


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mise à jour le 27 octobre 2008


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